ÉTAT

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L'État, c'est avant tout une bande d'hommes armés (F Engels)

On va s’éviter les sempiternels rappels théoriques sur le Léviathan et le contrat social. Historiquement, l’État n’est pas né de la guerre de tous contre tous, ni d’une volonté commune de créer une institution vouée à mettre en œuvre le vivre ensemble !

Il y a un siècle et demi, Marx et Engels ont donné pour la première fois une définition simple et claire de l'État : avant tout « une bande d'hommes armés » chargés de défendre les intérêts de la classe dominante.

Je me propose ici, plutôt de faire ma théorie, ou de poser mes questions, sur la nature de ce Léviathan, de ce monstre, dont le pouvoir est un synonyme. (Et accessoirement, de clamer ma colère!)

On a bien des traces de sa naissance, dans un palais royal, en France, au 17° siècle. Et puis on a des définitions et des phrases qui le concernent ( « tout État est basé sur la force », »De nos jours, la relation entre l’État et la violence est particulièrement intime »... ).

Donc l’État, c’est le pouvoir d’édicter des lois, qui s’appliqueront sur un territoire, à une population.

La souveraineté de l’État est donc liée à un monopole limité à un territoire et une population. Au sein de cet État, dans la forme actuelle, s’exerce une « démocratie », le pouvoir du peuple, au service du peuple. On nous berce depuis notre plus jeune âge avec la fable selon laquelle la seule légitimité du pouvoir sur l’État, c’est la légitimité du peuple (entendez la légitimité du vote majoritaire).

Mais voilà, il s’est créé autour du souverain, un appareil juridico administratif, qui, même s’il inclut des législateurs, séparés théoriquement de ceux qui mettent en œuvre les lois, fait barrage entre la « population » (les poètes l’appellent le peuple) et ceux qui siègent…

Cet appareil administratif et juridique est devenu l’État dans la vision commune : le Préfet, le guichetier de la Direction Départementale des Finances Publiques, le fonctionnaire qui signe « illisible » ou le professeur sont l’État devant lequel viennent échouer nos rêves.

Alors, pourquoi l’État, qui soit disant, est une émanation de la société vient-il régulièrement s’opposer à la société ?

On ne peut pas faire l’économie d’une analyse de classe sur ce sujet : même si je veux surtout exprimer ma frustration devant une institution qui devrait m’écouter, me comprendre et me protéger, et qui m’envoie sa police, pour éborgner, arracher des mains et tuer. Pourquoi cette institution qui prétend n’exister que par nous, nous fait des cachotteries ?

La notion même de secret d’État est étrange – cette institution qui dit être à notre service nous cache des choses, choses que nous ne devrions pas savoir ?

L’État se comprend comme une institution au service de la classe dominante, c’est à dire la classe qui possède. Toutes les constitutions aujourd’hui mentionnent comme droit essentiel, le droit à la propriété. Ça ne serait pas un signe, ça ?

Un signe que l’État est l’instrument de la bourgeoisie pour assurer la pérennité de sa domination.

Alors peut-être que l’État est une farce, un décor de théâtre pour occuper les esprits, un pur spectacle ? Comme le dit Frank Zappa, lorsque que le complexe militaro-industriel n’aura plus d’intérêt dans cette mascarade, la comédie prendra fin, on retirera les rideaux et le décor, et la réalité apparaîtra nue et brutale !

Une illusion destinée à maintenir les populations dans l’espoir qu’au fond, il y a bien quelqu’un pour nous sauver, une instance transcendante, capable de prendre soin, de défendre ceux qui vivent sur ce territoire et se reconnaissent dans l’identité qu’on donne à ronger… Une instance en tous point mystérieuse, capable de faire la guerre aux instances voisines, et d’envoyer sa population se faire massacrer et massacrer la population du voisin ? Une instance qui, sauf à être volontairement mise à bas par ceux qui vivent sous sa coupe, continuera quoi qu’il arrive à manipuler, faire souffrir, jeter quelques miettes, et dire le droit, le vrai… Une instance désincarnée, au fond.

Aujourd’hui, la notion d’État est attaquée de toutes parts, par les libéraux / néo-libéraux (qui font semblant de vouloir le reléguer aux fonctions régaliennes, mais mettent ses ressources à leur profit exclusif), par les techno-fascistes qui souhaitent le remplacer par des algorithmes à leur sauce, et faire disparaître ce qu’on appelle encore démocratie. Et puis, il y a ceux qui de tous temps ont souhaité sa disparition, pour ne plus vivre sous sa domination.

Faut-il en déduire que cette forme d’organisation est obsolète ? Sans doute, mais les options pour le remplacer se bousculent et se contredisent.

Nous ne serons jamais aux côtés des libertariens, des libéraux, des technos fascistes… La disparition de l’État n’est qu’un des aspects de la lutte contre toutes les dominations et toutes les oppressions.

Le week-end dernier avaient lieu des manifestations en France, pour refuser la loi qui fait que chaque tir de policier est de droit justifié. La dénonciation des violences policières est large et fait consensus parmi les progressistes. La Police, qui est au final, le visage de l’État, n’a rien de bienveillant ! Son usage de la violence ne saurait se justifier : jusqu’à ce jour, les manifestations de rie sont encore permises, il s’agit donc d’intimider, de faire peur, de décourager l’expression de désaccord.
La domination est sans fin, l’oppression, quel qu’en soit le canal, est inhérente à l’État, c’est la preuve toujours renouvelé que l’État n’est pas à notre service, mais au service des possédants, au service de la classe dominante. La fable selon laquelle l’État est le Deus Ex Machina qui viendra nous sauver doit être absolument effacée, abolie de façon permanente !

Personne ne viendra nous sauver, il n’y a que nous, et il est temps de s’organiser !

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